L'exposition photographique "En Noires et Blanches" autour de mon travail sur le Bordeaux Jazz Festival sera accroché sur
les murs de la médiathèque de Gujan-Mestras du 4 au 28 Juin 2008.
Pour illustrer un article autour d'une précédente
exposition, Valérie Dechaut-Geneste, journaliste, rédigea, en 2004, le texte suivant :
Ces photos de trois éditions du Bordeaux Jazz Festival sont
le résultat d'un parti pris. D'un regard. En parcourant ses images, vous attraperez peut-être le rythme, vous ressentirez peut-être les heures de travail, les répétitions, le partage
d'instants d'émotion pour mettre les corps jouant à l'unisson. C'est une partie des moments passés par Philippe Caumes avec les musiciens, au fil de répétitions et de
concerts.
"J'ai longtemps eu pour icône dans ce style de prise de vue
les images de Guy Le Querrec. Et puis un jour, j'ai pris conscience que je pourrais peut-être faire différent, puisque je ne ferais pas mieux. J'ai contacté Philippe Méziat. J'ai suivi des
répétitions et des concerts des trois éditions du festival. Il fallait prendre le temps de comprendre, au-delà du son et de l'instrument. Photographier des hommes plus que des
instruments."
La photographie est chez Philippe une conviction, un acte,
une aventure humaine. C'est sa position face au sujet qui en fait un témoin, on ne parle là ni d'esthétisme ni de mise en beauté.
"Non, on ne se réfugie pas derrière un appareil. La
photographie est tout le contraire d'un acte irréfléchi : c'est un acte engagé."
"L'acte photographique est comme la vie : on ne peut pas
faire les choses à moitié. Il faut aller plus loin. Cela signifie qu'il faut s'impliquer par rapport aux gens que tu vas prendre en photo. Je ne vais pas prendre une photo si je sens que le
sujet n'est pas d'accord."
La photographie comme un acte de vie, une relation à l'autre,
pour l'autre, et le photographe devient un relais entre les mondes : celui du regardant et du regardé. "La photographie n'est pas une finalité en soi. Au même titre que l'écriture, c'est
uniquement un moyen d'aller, pour moi, au contact des gens."
"Le rapport au sujet : cela pourrait être un viol, et
pourtant c'est une offrande que l'autre te fait et que tu acceptes ou pas."
Humilité ? Pas forcément. Car Philippe Caumes fait le choix
d'aller vers ce qui lui pose question. Mais il y met la délicatesse qu'il estime indispensable. Que ce soit sur des sujets de commandes - il travaille pour le milieu institutionnel ou pour
l'industrie - ou des sujets choisis.
"La photographie en milieu industriel me plaît car on est
obligé de faire l'effort de comprendre. Ce sont les mêmes méthodes de travail qu'en photo-journalisme : pas d'éclairage ni de mise en scène, il ne faut ni déranger les gens ni focaliser
l'attention sur soi, mais devenir invisible et capter une atmosphère. Cela demande de passer beaucoup de temps, se faire intégrer, se faire accepter."
La contrainte qu'il s'impose dans sa place par rapport au
sujet n'a qu'une limite : la nouveauté. Comme si l'étonnement, la curiosité, la découverte étaient les garants du respect et d'une transmission intacte de l'émotion du sujet
photographié.
"La pertinence n'existe qu'avec un regard vierge, lorsqu'il y
a tout à prouver."
Ainsi, il travaille depuis deux ans sur l'architecture de
terre au Maghreb et sur les populations déplacées suite aux constructions des Grands Barrages. Deux projets de longue haleine qui s'inscrivent dans le même esprit que ses prises de vues sur
le Bordeaux Jazz Festival : une réelle implication dans le sujet, un regard qui se positionne et qui raconte.
"Les images ici, ce n'est pas moi qui les ai faites. J'étais
là simplement pour prendre une photo. Je ne suis qu'un témoin qui montre à voir.
Ne nous trompons pas : dans une exposition, le sujet ce sont
les photos, pas le photographe."
Valérie Dechaut-Geneste.